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« Anti-fetishes of the industrial world. Such are Aurélien Maillard’s works, which unveil the relationship between cult objects and contemporary artefacts. At a time when goods are turned into sacred relics, the works substitute this “fetishistic” process for raw reification, and the reduction of the object to its material substrate. With their plain sober outlooks and their ostentatious marks of a human hand, these two-dimensional sculptures put on an equal footing the classical style of Decorative Arts, the industrial esthetic, religious art craft and manufactured production, so as to defuse the symbolical scope of their models. Reconnecting with actual and concrete sculpture, in the wake of Russian constructivism, Bauhaus as well as American minimalist sculpture, the artist demystifies the art object while opting for “handmade”. In so doing he brings the work back to its original meaning, namely “work”. Neither sacred objects, nor standardized goods, Aurélien Maillard’s works go against any expected symbolical interpretation. They emphasize an ambivalent esthetic in between iconoclastic architecture and “punk” minimalism (…) »

Florian Gaité, september 2015

 

About Impacts series :

Saccage amoureux

A travers la série des « impacts », Aurélien Maillard construit des sculptures ambiguës. A première vue, il s’agit d’éraflures, d’incisions, de coups portés avec force à la cimaise de l’espace d’exposition. Le spectateur perçoit immédiatement la forme comme le résultat d’une empreinte violente d’un geste spontanée. Avec le recul, la netteté de la forme, l’absence de gravats et surtout l’échelle de cet «impact» intriguent. Quel corps, quels outils auraient pu abîmer aussi graphiquement les cloisons? Quelle rage muette aurait pu motiver une telle agression? Progressivement, on devine la simulation, la construction lente et patiente derrière la fluidité de la trace d’un geste profondément inscrit dans la matière et en même temps complètement virtuel. Les impacts sont de véritables trompe-l’œil sculpturaux qui jouent d’une séduction immédiate pour mieux susciter la réflexion.
« Impact », au sens propre le terme renvoie à la violence d’un contact physique sur un corps. Impact de balle, impact meurtrier d’une bombe. On emploie également ce mot dans d’autres guerres, celles que livre la communication par exemple. On mesure à coup de sondages l’impact dans l’opinion de slogans, d’images, de messages ou de concepts marketing. Il ne s’agit plus alors de percuter des corps, mais des esprits, des consciences pour y laisser une trace décisive pour la suite du combat politique, économique ou artistique… Les impacts d’Aurélien Maillard ne sont pas sans évoquer ce que l’hyper compétitivité de la société contemporaine peut avoir de brutal. Les impacts montrent une violence élevée au rang d’abstraction graphique dont la présence objectivée peut faire froid dans le dos.
Les impacts rappellent également un geste très primitif d’affirmation de soi, d’appropriation agressive ou amoureuse d’un espace : graver un signe dans une surface pour laisser la trace d’un passage, d’une présence au monde. Les gravures pariétales de la grotte de Rouffignac autant que les graffiti photographiés par Brassaï témoignent de l’universalité de ce geste. Dans ses impacts, Aurélien Maillard fusionne l’impulsion d’un geste primitif avec la sophistication d’une simulation d’un phénomène aléatoire qu’on croirait tout droit sortie d’un logiciel de modélisation en trois dimensions. Comme dans 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, les origines de l’homme rejoignent la complexité technologique dans une synthèse vertigineuse qui s’offre à la contemplation du spectateur.
« L’impact » n’est pas seulement « agressif », il se fait aussi séducteur. Chaque pièce est soigneusement ouvragée. Le geste de l’artiste presque artisanal – précis et précieux – construit patiemment l’illusion de la trace d’un autre geste aussi fluide que virtuel à l’instar des Brushstrokes de Roy Lichtenstein. Mais loin de l’objectivation ironique de l’artiste américain, il se dégage des impacts une énergie rock, un investissement libidinal, un groove sexy qui s’étale sur les murs d’un white cube amoureusement saccagé. L’incision du support comme dans les tableaux de Lucio Fontana est une opération aux connotations sexuelles assez évidentes. La présence de ces puissantes empreintes virtuelles que sont les impacts nous renvoie à ce que nous sommes peut-être : des êtres infiniment sophistiqués travaillés par des peurs et des pulsions sans âge. Dans un monde aseptisé et contrôlé comme jamais auparavant, la présence accidentelle de la vie dans l’univers demeure une béance insondable, une source infinie d’interrogation et de contemplation. Et c’est aussi de cela dont nous parle les « impacts » d’Aurélien Maillard.

Antoine Bricaud (2014)

• À propos de l’installation Bxymacte/300M présentée au 104 à Paris :

« Aurélien Maillard plonge le spectateur dans un stand du salon de l’habitat. Moins clean et conventionnel que celui-ci, il reprend l’idée du club ouvrier d’Alexandre Rodtchenko, réalisé pour l’exposition internationale des arts décoratifs et   industriels modernes de Paris en 1925, et également cité par l’artiste contemporain Michel Aubry. Avec des tables de tennis de table, Aurélien Maillard conçoit BXYMACTE/300 M et détourne dans un geste iconoclaste, une pratique, le symbole d’une entreprise familiale. Le travail est laborieux, les traces d’interventions sont présentes, une violence maîtrisée se retrouve dans l’objet, dans le but d’estomper cette référence et mettre en avant les contraintes et l’acte de l’artiste. »

Romain Salomon, critique d’art, assistant à la galerie Anne Barrault (2010)

 

« L’engagement physique de l’auteur est pour moi une manière d’affirmer une singularité artistique. L’emploi de techniques low tech et le rendu handmade ne sont pas des effets fortuits : les repentis et autres défauts sont les témoins discrets d’une charge de travail qui convoque le labeur de l’ouvrier et de l’artisan et se placent ainsi en porte-à-faux vis à vis des productions trop subordonnées et réductibles à leur propre image. Je lutte pour un art voué à la contemplation esthétique. Je rejette avec vigueur les formes creuses et policées qui inféodent les œuvres à des engagements politiques et sociaux bien pensants. J’ambitionne aujourd’hui de créer des pièces qui ne soient plus nécessairement spectaculaires, qui ne produisent plus seulement l’effet d’une démonstration ou d’un tour de force. Je souhaite atteindre une forme d’évidence, c’est-à-dire que mes créations tâchent à la fois de s’imposer par une présence radicale mais aussi d’être immédiatement lisibles dans toute leur complexité. »

A.M.